Et’puis’Et

C’est vêtue de jolies chaussettes de contentions que je termine cette sixième semaine « anti-contamination ».
Et oui, même à l’arrêt total, ma tension se fait la malle.
Je ne sais plus quoi lui dire pour lui redonner le sourire. Elle me donne des vertiges, et parfois la nausée au lever.
Le retour de ma fidèle colocataire, Mademoiselle Fatigue, est certainement responsable de cette mascarade.
A moins que ce soit ce traitement « protecteur de cancer hormonodépendant » qui me joue encore un nouveau tour.
Quelle qu’en soit la cause, un grand repos s’impose.

Comment est-ce possible de se sentir épuisée dans ce contexte si particulier?
Je ne suis pas essoufflée par les activités, pas rongée par l’anxiété, ni envahie par les soucis. Je n’ai rien de tout cela.
J’ai la chance d’être à l’abris, de vivre dans un foyer privilégié, et de naviguer en beauté grâce à de belles opportunités.
Ces dernières semaines ont été particulièrement magiques et marquées par de magnifiques projets qui m’apportent de la légèreté.

Malgré ma grande capacité à ignorer l’invasion de Mademoiselle Fatigue en la fuyant au sein même de mon foyer, j’ai fini par jeter l’éponge.
Elle a encore gagné, je vais m’assoir et l’écouter.

Ce qu’elle ne comprend pas, c’est que j’ai honte de mon état, que je ne le comprends pas.
Les lourds traitements sont derrière moi, ma dernière opération m’a libérée d’un très gros poids.
Je devrais être capable de reprendre du service, retrouver une énergie stable et durable.
Mais ce n’est vraiment pas le cas. Chaque fois que je me sens reprendre les choses en main, imaginer ma colocataire faire sa valise pour prendre l’air, un nouveau petit bobo me met à terre.
Je commence à me demander si ce n’est pas elle qui invite tour à tour ses copines Sinusites, Allergies et Hypotensions pour me forcer à me poser à la maison.

Mais sérieusement, en ce moment, confinée dans mon foyer, elle pourrait quand même me lâcher.
Je la soupçonne de s’ennuyer, de voir en moi une sorte de divertissement pour se passer le temps.

Ce qu’elle ne comprend pas, c’est que je n’ose pas évoquer sa présence.
Je culpabilise de déranger les professionnels de santé pour des petits bobos sans conséquence.
Je me bats pour l’isoler dans un coin, l’enfermer dans un placard à double tour et jeter la clé loin, très loin.
Mais je ne sais pas comment elle fait, elle doit être un peu sorcière cette colocataire. Elle arrive toujours à se libérer puis se poser à mes côtés.
Elle a encore gagné, je vais m’assoir et l’écouter.

Face à mes talents de résistante, elle finit par me tendre mon téléphone pour appeler un Docteur à la rescousse.
Je cède à son entêtement, je cède à mon épuisement.

La conclusion de cet « appel à ami » n’est pas une surprise, ni une révélation.
Mon corps est épuisé, et même s’il a la chance d’entrevoir de jolis soubresauts d’énergie, il n’est toujours pas prêt à danser la salsa.
Il lui faut encore du repos avant d’envisager un retour à pleine bourre.
Le temps du déconfinement n’est pas arrivé, de quatre mois d’arrêt, il est prolongé. Je ne suis pas triste de cette nouvelle. Je crois même que je suis apaisée d’entendre un professionnel, plutôt qu’une petite voix fatiguée, me réconforter et m’expliquer que tout est normal, que je ne suis pas une « tire-au-flanc ».

Mademoiselle fatigue m’affiche son sourire satisfait, du genre « tu vois, je te l’avais dit, tu peux ranger mes valises, mon départ n’est pas pour demain ».
Mais elle ne m’empêchera, quoi qu’il soit, de m’entraîner à la Salsa, préparer mon retour comme il se doit.
Si, pour cela, je dois parfois me cacher d’elle, et bien tant pis pour elle. Parce qu’on fond de moi, je suis convaincue qu’un peu de vie et des beaux projets sont très bons pour ma santé à condition de ne pas en abuser.

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