Au revoir Septembre

Je l’attendais ce mois de septembre, il m’avait prévu de choses à la fois extraordinaires, intimidantes, nouvelles pour moi et particulièrement stimulantes. Je ne sais si c’est le fruit du hasard, ou bien sa capacité à bien s’organiser, mais il s’est arrangé pour glisser un rendez-vous très important, un rendez-vous très inquiétant au beau milieu de ce mois heureux et merveilleux. Ce qu’il n’a pas non plus réalisé, c’est que pour mes enfants aussi c’était la rentrée, que j’ai dû lui apporter quelques modifications pour assurer sur ce même temps mon plus joli rôle, celui de maman.
Oui, vous l’aurez compris, ce mois de septembre fut dense et intense, stimulant et fatigant, heureux et malheureux. Il n’est pas encore terminé mais le plus gros est fait.

Ce joli mois de septembre, je l’ai commencé en beauté grâce à une jeune et jolie fée prénommée Marine, si lumineuse et engagée du haut de ses vingt-deux ans que j’en étais intimidée.
Elle m’a offert l’opportunité d’exposer mes photographies et mes textes dans une jolie galerie du Marais à Paris. Elle m’a permis de réaliser que ce que j’appelle « mon occupation » est une forme d’art en soi, qu’il est évident que j’ai un peu de talent.
À cette occasion, j’ai fait des rencontres exceptionnelles qui m’ont nourrie, émue, portée, bouleversée aussi. Je suis encore sous le charme et sous le choc des retours qui m’ont été fait, de l’impact de mes clichés, de la force de mes mots, du respect de ma croisade.
J’ai vécu cette expérience comme une enfant le jour de Noël. J’ai saisi tout ce qui m’était si généreusement offert, j’ai abusé des petits fours et bu en cachette les fins de coupettes, j’ai prolongé la soirée par peur de l’oublier, je me suis couchée très tard ou vraiment tôt, je ne sais plus, j’avais peut-être trop bu. Je me suis enivrée de toute cette beauté, j’ai oublié durant cet instant que j’avais quarante-six ans, que j’étais maman de deux enfants et que la maladie m’avait affaiblie.
Le retour ne fut pas simple, j’étais tellement envahie et emplie d’émotions tourbillonnantes que mon coeur refusait de calmer ses battements, mon corps ne voulait pas de repos, mes yeux préféraient la lumière. Ils ont attendu mon épuisement évident pour enfin me laisser respirer, reprendre mes esprits et continuer ma petite vie.

« Continuer ma petite vie » oui, celle où la maladie est omniprésente aujourd’hui. J’essaie d’en dompter les méfaits, de vivre avec sans la subir, d’avancer quoi qu’il en soit, mais parfois je n’y arrive pas.

Ce joli mois de septembre m’a aussi programmé un petit rendez-vous bien moins doux. Et oui, les vacances sont finies, l’été est terminé, il est tant de penser à la suite, de continuer à se soigner, il ne faudrait tout de même pas l’oublier. J’y suis allée avec beaucoup d’appréhension, de doutes quant à ma future feuille de route. J’ai cessé de dormir sept jours avant, le coeur palpitant, la peur au ventre et des douleurs de frayeur. Mon intuition me chuchotait que rien vraiment ne se terminait… Elle avait raison.
C’est avec un autre protocole de soins que je repars, car sans traitement c’est bien trop le bazar. J’ai de nouveau été mise en face de cette réalité que ce cancer peut provoquer. Me voici donc partie avec un nouveau compagnon qui je l’espère sera plus gentil que les précédents, pour moi et mes nichons. Il est moins sécurisant que ceux d’avant, mais il paraît qu’il est mieux toléré et fait aussi son effet. Je ne le trouve pas très séduisant, mais mon docteur ne me laisse pas le choix à cet instant, le risque d’une autre récidive étant trop présent.
J’ai peur, je pleure.
J’ai conscience de ce qu’il peut provoquer, de ce qu’il va générer dans ma petite vie de mamie. Nous en parlons avec mon expert du cancer. Il insiste fortement sur l’importance pour moi de revoir mon mode de vie, une vie où seule ma santé est la priorité, où le stress, la charge mentale et la fatigue doivent être supprimés.
J’ai peur, je pleure.

Ce joli mois de septembre ne m’a laissé aucun répit.
Il m’a fait vivre différents âges, de l’ado à son expo à la grand-mère et son cancer.
Il m’a fait revivre toutes les saisons, les sensations de chaleur et de bonheur, de pluie avec mes pleurs, d’orage avec ma rage, de tonnerre avec ma colère…
Il m’a fait visiter tant d’émotions aux effets similaires et pourtant si différentes : joie, bonheur, fierté, excitation, peur, angoisse, frayeur, tristesse…
Il a été bien trop intense, et m’a pourri l’existence. J’en ai suffoqué tellement j’étais toujours au taquet.
Il m’a submergée par les choses de la vie : des téléphones portables égarées, des crises de pleur de rentrée, mon petit chat disparu puis retrouvé, des tests COVID attendus de façon désespérée, et aussi des tendres amies et leurs graves maladies annoncées.

Cher mois de septembre, je te remercie pour tout ce que tu m’as fait vivre de beau et de magique.
Mais pour la première fois depuis bien longtemps, et malgré tes efforts pour me divertir et m’enivrer de certains plaisirs, sache que grâce à toi, c’est avec impatience que j’attends ton ami le suivant, celui que pourtant je trouve méchant.
Tu sais que je ne l’aime pas, ce mois d’octobre rose fuchsia, celui qui me rappelle que j’en suis, que j’en fait partie. Mais aujourd’hui, je compte les jours pour l’accueillir, j’espère qu’il sera plus calme que toi, qu’il apaisera mon coeur et qu’il prendra soin de moi.

8 commentaires

  1. Je comprends complètement…
    Qu’elle est dure à accepter à nos âges cette vie de Mamie, tandis que nous ne pouvons pas être des grand mères pour nos enfants. Et qu ils sont bienvenus ces moments magiques où nous oublions enfin la maladie, jusqu à ce qu’elle mène malheureusement à nouveau et trop vite la danse. Quand à ton expert, s’il pouvait me donner la formule magique pour éviter stress, fatigue et chargé mentale en ces temps et avec les effets de nos traitements, ça fait longtemps que je cherche !

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