En Terre Innée

Il y a encore quelques jours de cela, je voyais en lui un crabe malpoli qui s’était invité dans ma vie sans me demander mon avis.

Je lui ai claqué le beignet une première fois et puis j’ai continué ma petite virée plusieurs années sans m’en soucier. Je croyais que je l’avais vaincu et qu’il avait bel et bien disparu. Je pensais l’avoir définitivement enterré et que je n’en entendrais plus jamais parler.

Malheureusement, je me suis trompée, il est plus tenace et obstiné que je ne l’avais imaginé. Et ça, je ne m’y étais pas préparée.

Il est revenu alors qu’il n’était plus attendu. Il est là en moi. Il a ressuscité cet enfoiré.

Et puis ce week-end, je parle avec mon beau-père, guerrier à sa manière, pour qui les mots ont un pouvoir sur bien des maux. Nous échangeons nos expériences en la matière et partageons ce que nous ressentons.

Je ne sais plus s’il s’agit de mon blog ou de la maladie, mais je m’entends clairement finir une de mes phrases par « ça c’est entériné ». Je m’en rappelle car lorsque ces mots sont sortis de ma bouche, ils m’ont contrariée, je les ai tout de suite regrettés.

Et vlan, pas loupé, mon beau-père me reprend avec délicatesse et affection : « c’est intéressant d’utiliser entériné. Cela amènerait à penser que c’est bien présent, que ça n’est pas mort et enterré ». Peut-être que cela ne l’a jamais été…

Et là, d’un seul coup je comprends. Je ne crois pas que c’est ce qu’il a voulu m’exprimer à cet instant, mais à moi, cela me semble évident.

Je suis secouée, remuée, blessée par cet élan de lucidité.

J’ai une révélation, je me la prends de plein fouet. Ce n’est ni de mes textes, ni de cette parenthèse que je parle, mais bien de ce fichu crustacé.

Ça n’est pas « enterré », c’est bien « entériné » que j’ai exprimé.

Il n’a pas disparu, il est là quelque part en moi. Et si ce n’est pas lui, il faut que je me méfie de ses petits.

Il est plus faible et endormi, mais il demeure toujours sournois.

Il est retenu par les super traitements chimiques déglingueurs de petits emmerdeurs, mais il est capable à toute heure de se la péter et se croire vainqueur.

Ça n’est pas « enterré », c’est bien « entériné » que j’ai exprimé.

Il n’est pas gentil, mais grâce à lui j’ai osé me lancer, j’écris mon ressenti.

Il n’est pas doux, mais avec lui je me rends compte que je grandis aussi.

Il n’est pas toujours tendre, mais malgré lui je m’épanouis et me construis.

Ça n’est pas « enterré », c’est bien « entériné » que j’ai exprimé.

Ennemi souvent, ami parfois, il est là et ne disparaîtra jamais de moi.

Il n’est pas avec moi, pas contre moi, il est une marque comme la couleur de mes yeux, la texture de ma peau, la forme de mes genoux.

Ça n’est pas « enterré », c’est bien « entériné » que j’ai exprimé.

Alors, c’est décidé, je vais cesser de le snober et croire qu’il s’est tiré ou que je l’ai supprimé.

Je vais continuer à gagner chacune des batailles pour le faire douter et l’affaiblir.

Je vais profiter des petits dons, qu’il me force à révéler, pour réaliser mes rêves et mes passions.

Et enfin, je vais le tenir à distance, l’immobiliser, l’endormir à vie ce pourri.

2 commentaires

  1. Chère ValooCroft, non il ne va pas rester, je pense que le petit morveux a compris que tu étais plus forte et qu’il n’avait pas intérêt à revenir, qu’il ne gagnerait jamais contre la grande guerrière que tu es devenue. Toujours autant d’admiration devant le combat que tu mènes avec autant de lucidité et d’humour. Mes pensées vont souvent vers toi, et toujours aussi impatiente de te lire. Je t’embrasse.

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