La folie des 3J

Dans trois jours, je pars en direction de la clinique, je vis les derniers instants avec mon corps tel que je le connais, tel que je l’aime, mais gâché par la présence d’un crustacé dont je dois me débarrasser à tout jamais.

J’ai hâte d’y être, je suis prête, je crois… Le chemin sinueux des dernières semaines m’a aidée à me mettre en condition, à explorer mes doutes, apprivoiser mes peurs, envisager le pire et aussi meilleur pour moi, savoir exactement ce que je veux et me sentir fière de mes choix et en paix intérieure.

La peur a laissé place à l’agitation et la détermination.

Je sens que je panique à l’idée d’oublier de faire des choses importantes. Je sens aussi que j’ai besoin d’être aidée si je veux que tout soit au mieux pour que je prenne la route en paix.

Afin d’attaquer la folie des 3J, j’ai préparé soigneusement une liste de tâches à effectuer. Fière de mon organisation, je la présente aux enfants et à mon plombier car j’attends qu’ils m’aident à tout réaliser. J’attends des choses qui ne viennent pas, j’attends leur aide  mais je ne leur demande pas. Ils trouvent la liste bien longue mais  ils la complètent sans se sentir réellement concernés par l’exécution de toutes ces missions. Je ne comprends pas pourquoi ils sont si calmes, pourquoi ils ne s’agitent pas à l’idée de savoir que dans trois jours notre vie va changer, nous serons chacun de notre côté, et que la prochaine fois que nous serons ensemble, je serai forcément différente. Ça m’énerve, ça m’énerve, je ne dis rien mais ça m’énerve.

Puisque c’est ainsi, je m’attaque comme une grande à ma petite liste. Après tout, c’est moi qui l’ai écrite, c’est moi qui en ai besoin.

En bon chef de famille, je crois faire tout ça pour notre équipe, et parce qu’il n’y a bien que moi qui suis capable de manager la team. Mais sérieusement, avec un peu de recul sur la situation, cette putain de liste, elle est là pour occuper mes dernières heures, me rassurer, me sécuriser en ayant tout maîtrisé.

Mais il y a quoi exactement dans cette liste?  Si je rassemble la multitude de tâches plus ou moins intéressantes pour en sortir seulement l’essentiel, j’ai besoin de quoi en vrai?

  • J’ai besoin d’aider ma fille à partir en Angleterre en toute sécurité et sans culpabilité et de passer un peu de temps rien qu’avec elle : « Vas-y ma fille, profite de ce beau voyage. Maman va profiter de ce séjour pour se soigner et guérir très vite ».
  • J’ai besoin de dire à mon fils que j’adore avoir des moments rien qu’avec lui, faire du shopping, rire et construire un monde meilleur : « Mon grand, tu n’es pas encore adulte, mais tu es sur la bonne voie. Tu es un jeune-homme bon, beau et brillant ».
  • J’ai besoin de câlins de mes amis, de mes collègues, de leur dire que je les aime, leur faire des cadeaux, faire la fête jusqu’au dernier jour, boire des coupettes et leur dire à très vite, surtout ne m’oubliez-pas.
  • J’ai besoin de sécuriser les points techniques (factures, e-mails…), au cas où je ne reviendrais pas aussi vite que prévu, ne pas laisser mon plombier dans la difficulté à cause de moi.
  • J’ai besoin de préparer mon retour avec légèreté comme si ce petit voyage n’avait pas d’importance.
  • J’ai besoin de savoir que mes deux enfants sont bien entourés et les plus heureux possibles en mon absence.

La liste est terminée, la folie des 3J est passée, c’est l’heure…

  • J’ai besoin de sentir tout l’amour et le corps de mon homme, de le sentir entièrement avec et pour moi. La maison est très calme, nous sommes tous les deux et c’est parfait, tendre et amoureux.
  • J’ai besoin d’être sûre que tout le monde, tout mon monde, aura de mes nouvelles.
  • J’ai besoin d’être installée confortablement, avoir le droit de pleurer, de râler, d’être moche.
  • J’ai besoin d’un pyjama douillet, d’un téléphone chargé.

La liste est terminée, c’est vraiment l’heure…

On y est, je ne peux plus reculer. Je ne vois pas pourquoi je le ferais? La peur peut-être?

  • Je pense très fort à mes enfants que je sais aux meilleurs endroits en ce moment.
  • Je pense à ma famille qui se sent parfois bien impuissante face à tout ça.
  • Je pense à mes amis, mes collègues et aussi à des personnes que j’ai perdues de vue.
  • Je remercie mon mari et ma petite sœur d’être près de moi pour le « 1er jour du reste de ma vie ».

Ce soir, je prends le temps de leur souhaiter à tous une douce nuit.

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