Attention danger : terrain miné

Cela fait cinq semaines que j’ai été opérée, deux semaines qu’on m’a installé mon barrage à aiguilles et cinq jours que j’ai eu ma première chimiothérapie. Je suis debout, j’ai même bonne mine si j’en crois mes proches. Ma plastique et ses fermetures éclaires se remettent doucement de leurs émotions et des multiples traumatismes.

Et pourtant, depuis quelques jours, mon corps et ma tête bouent de l’intérieur. J’ai la sensation que je vais imploser, que les cicatrices vont lâcher ou que cette chose brûlante et agressante va me sortir par les trous de nez.

Ce n’est pas de la colère ni de la tristesse. J’ai quand même pris le temps de vérifier qu’on ne m’avait pas branché sur une mauvaise prise par erreur, que ma petite flamme intérieure n’était pas en sûr-régime et n’attaquait pas mes parois. Tout semble normal de ce côté là.

Mon sang, mes organes, mes muscles, mon esprit sont emprisonnés, ils souffrent de cette température anormale, et sont bloqués ici par cette plastique bien hermétique qui prend plaisir à s’en moquer. J’ai bonne mine, il faut s’en rappeler.

Je dois me l’avouer, je suis tout simplement frustrée. Et je ne parle pas d’une petite sensation passagère facile à gérer. Il ne me suffit pas de pousser un cri de guerre ou d’ouvrir une barrière pour laisser s’échapper la vapeur.

C’est trop intense et trop partout, trop brûlant et trop violent. J’ai l’impression que si je ne fais pas les bon gestes, si je ne prends pas les bons chemins, tout va exploser.

Je suis prise dans un champ de mine que je dois traverser avec stratégie, sang-froid et délicatesse, appréhender toutes les options et prendre les bonnes décisions :

  • Je rencontre une infection sur mes cicatrices ? attention danger, repli obligatoire.
  • Je croise des nausées et des diarrhées ? Attention danger, alimentation à revoir.
  • Je marche au soleil alors que des nuages étaient annoncés ? Attention danger, plastique à protéger.
  • Je me cogne à un obstacle que je n’ai pas vu arriver ? Attention danger, prothèse à dorloter.

Ma traversée se résume à anticiper tous les dangers qui m’entourent, les voir venir et les gérer. Je dois garder l’œil vif car dès que je prends un peu de liberté, je suis rappelée à l’ordre comme si ce terrain miné voulait prendre soin de moi malgré tout.

Il est hostile, vraiment méchant, mais pour mon bien je crois. Il est ma raison, et me guide pour que je ressorte en vie et pas trop blessée de cette traversée.

Je n’arrive pas à me plaindre de tout ça. Je le vis comme je peux, je m’isole en cas de besoin. Mais je ne râle pas vraiment. Et puis, encore une fois, j’ai bonne mine paraît-il.

Mon intérieur est douleur, peur, et frustration, ça n’est pas grave c’est normal, le chemin est long et plein de dangers. Je le sais. Je n’aime pas ça, mais je n’ai pas d’autre choix que d’avancer ou je meurs.

Mais attention danger, j’ai une plastique fantastique. Elle ne fait pas son âge et c’est une menteuse qui prend plaisir à me divertir, me faire prendre des risques. Elle m’hypnotise et m’éloigne du bon chemin.

Aidez-moi, j’en ai besoin. Regardez-moi de l’intérieur. Guidez-moi avec votre cœur. Fermez les yeux si, vous aussi, elle vous attendrit.

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