Pleurer la vie

Dans quelques jours, je dois revivre un petit cauchemar devenu presque une routine. C’est une sorte de mauvais rêve qui réapparaît suffisamment régulièrement pour qu’il fasse partie intégrante de ma vie.

Le moment du verdict est arrivé.

Une batterie d’examens m’attend pour vérifier que tous mes efforts de ces derniers mois ont porté leurs fruits.

J’ai beau les maîtriser ces IRM, scanner, échographie et mammographie, je n’en mène pas large depuis quelques jours. Ils vont savoir, et moi je vais attendre. Ils vont déterminer le verdict, et je vais le subir.

Je n’ai aucun pouvoir sur leurs résultats. Bon ok, je pourrais imaginer des stratégies un peu comme dans les films : Y aurait-il des copines qui voudraient aller se faire triturer à ma place? Pas de souci, je vous file ma carte vitale et même quelques tickets resto si vous acceptez le boulot.

Sérieusement, quand je dis que je n’en mène pas large, c’est très sous-évalué en vérité. Je dors très peu, mon coeur s’amuse à sortir de mon corps tellement il tape vite et fort, j’ai la gorge serrée, la bouche asséchée et très souvent envie de pleurer.

J’ai bien conscience que c’est ridicule, que la peur n’évite pas le danger. Mais je crois que rien y fait, je flippe grave, voilà tout.

Je ne peux m’empêcher d’imaginer le pire, un peu comme si je ne méritais pas le meilleur.

Je me force à penser, qu’avec un peu de chance, tous les voyants seront au vert avec des nichons super et le reste du corps encore plus fort. Mais ça ne tient pas dans la durée malgré mon acharnement à me répéter encore et encore « tout va bien se passer ».

Et bien non, un vilain petit démon ramène sa fraise pour m’expliquer que je dois me préparer à tout entendre, tout accueillir, même le pire, surtout le pire.

Ce verdict tant attendu, je le rêve comme un diplôme avec les félicitations du jury. Mais si tel n’est pas le cas, je veux tenir le choc, être capable de recevoir la mauvaise note sans flancher ni pleurer. Cela semble dur et exigeant, mais c’est ce que je souhaite le plus profondément.

Je crois bien que ce démon qui me parle si souvent en ce moment me veut du bien. Il me prépare, m’entraine pour que je sois complètement prête pour le jour J.

Il me parle sèchement jusqu’à ce plus aucune larme ne coule sur mes joues.

Il me secoue brutalement jusqu’à ce plus aucun de mes membres ne tremble de peur.

Il me scrute et s’acharne sur moi jusqu’à ce qu’un sourire convenable s’accroche à mon visage.

Je ne sais pas si cette approche est la bonne mais c’est la mienne. Peut-être que je m’effondrerai quand même, mais je m’en fiche pour l’instant. Elle m’occupe l’esprit, me force à me concentrer et peut-être, qui sait, m’apprend à réserver mes larmes pour de belles choses?

Je veux pleurer pour les naissances, les diplômes de mes enfants, les mariages, les bonheurs de mes amis, les lendemain de cuite aussi.

Je suis fatiguée de respirer la mort, J’ai envie de pleurer la vie.

8 commentaires

  1. Coucou, je viens de faire mon bilan complet hier dans la peur aussi. Maintenant attendre les résultats dans une semaine. Courage et je vous envoie plein d ondes positives.

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