TaTouÂge de ma vie

Aujourd’hui, je souffle une nouvelle bougie. Quelle joie de pouvoir sentir mes poumons se gonfler, mon cœur palpiter et mon sang s’activer pour éteindre cette petite flamme de l’année de plus que j’entame.

Depuis plusieurs jours, je me retrace le chemin parcouru depuis quarante-cinq ans et les marques laissées sur mon enveloppe comme des timbres illustrant mon voyage.

Très émue par les souvenirs, les larmes me montent souvent aux yeux. Non pas que je sois triste, mais parce qu’avec un peu de recul, je dois me rendre à l’évidence, ce chemin est tout simplement hors du commun.

Je ne changerais presque rien à mon destin, si ce n’est cette histoire de crabe dont je me passerais bien.

En aucun cas je voudrais que l’on m’enlève cette petite marque sur mon front qui me rappelle les quatre-cents coups de mon enfance avec mon amour de grand frère un peu fou.

Le petit trait de mon appendice me rappelle une étape clé de ma vie, chamboulée par un déménagement qui m’a fait perdre une maman et gagner l’arrivée d’une petite sœur qui sera le plus beau des cadeaux que m’ont fait mes parents.

Je ne souhaiterais pas non plus que l’on me prive des petites traces d’acné prononcé de mon adolescence où je ne vivais que pour la danse. Cette période des premiers amours et aussi des belles amitiés qui m’ont permise, petit à petit, de me trouver.

J’admire la marque blanche de mon alliance sur mon annulaire un peu trop gonflé pour accepter l’anneau de l’amour. Même si je ne peux le porter, il me montre combien j’ai eu raison de m’engager.

Je pourrais continuer à parcourir mon corps des heures durant et y trouver les tatouages de ma vie dessinés juste ici : un mollet un peu abîmé, une malléole légèrement griffée, un genou écorché, une dent cassée… Chacun de ces bobos me raconte quelque chose de vraiment beau.

J’aimerais pouvoir oublier la cicatrice droite comme pic et fière comme un roc qui s’est ouverte et fermée pour accueillir le boîtier de chimio à deux reprises.

Je donnerais beaucoup pour ne pas voir cette forme d’ancre sur mon sein gauche qui exprime ce combat incessant pour se remettre à niveau suite aux dégâts causés de l’autre côté.

Je paierais très cher pour faire disparaître la trace sous mon aisselle venue abîmer la sensibilité de mon bras pour y laisser une peau anesthésiée.

Je soudoierais toutes les fées pour que la cicatrice de mon sein droit se transforme en un tatouage de paysage dans lequel je pourrais voyager.

Mais ces marques sont les miennes, et bien qu’elles m’apportent parfois souffrance et tristesse, je ne peux m’empêcher d’être joyeuse de les voir et fière de les porter.

Je suis en vie, je peux les observer, je peux les admirer comme les cicatrices d’une guerrière qui a gagné quelques batailles sans jamais rien lâcher.

Chaque marque sur mon enveloppe retrace mon histoire et compte-tenu de la quantité, je ne peux que constater que ma vie a été bien remplie.

Alors, bien que parfois nostalgique d’un corps plus jeune et moins abîmé, je le remercie aujourd’hui d’être là, de me porter et d’avoir imprimé les tatouages de ma vie pour pouvoir m’y replonger. Car elle est belle, remplie d’amour, de moments de bonheurs, d’amitiés incroyables et de rencontres exceptionnelles.

Je suis une femme chanceuse, au parcours qui vaut le détour. Je ne peux maintenant qu’espérer que la vie va continuer avec autant de richesse et d’amour que ces quarante-cinq dernières années.

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