Vent debout

Cela fait bien longtemps qu’ici je n’ai pas écrit même si j’en avais très envie. Mon rythme de mamie, mon sentiment de débordement, l’organisation de ma nouvelle vie m’ont envahie. J’ai pris le temps de rédiger quelques mots clés sur un petit carnet, de sortir de mon coeur mes joies et mes peurs, mais je n’avais pas le courage, de me poser devant mon ordinateur.
Lorsque je lis mes petites notes, je ne vois que des termes de colère, de rancœur et de guerrière.
J’ai besoin de les rassembler, d’en faire un gros boulet et, ici, de les jeter.

Je fais face à tant d’épreuves qui me questionnent, me déstabilisent, me font perdre pied que j’ai d’énormes difficultés à me concentrer.
Bien que je sois fière de ce pseudo de guerrière, la Valoocroft qui n’a pas froid au derrière, les combats n’ont rien pour me plaire.
Se battre pour rester en vie, ça oui, je l’ai compris.
Mais se battre pour des raisons administratives et financières, là non, je n’en vois pas les raisons.

Voilà, c’est dit.
Ces derniers temps, j’ai repris les armes.
Ce ne sont pas celles de la chimio ou de l’hormono, mais c’est à base de papiers, de contrats, d’attestations et d’avocats que je me bats.
Je suis enfouie sous les dossiers de mes dix dernières années, ensevelie dans des démarches qui me fâchent.
C’est incroyable, mais ces combats me génèrent aussi des effets secondaires : crises d’angoisse, nausées, diarrhées et maux de tête sans avoir bu un verre ou fait la fête.
Je ne trouve plus le temps de papoter avec mes amis, de peindre mes aquarelles, de m’organiser de beaux shooting photos. Je vis à l’arrache, en mode dégradé, et cela me fâche.

J’ai fait preuve de beaucoup de patience avant d’admettre que, de toute évidence, ces combats, d’un poing armé, je devais les mener.
C’est à base d’électrochocs et non de médocs qu’on a fini par me convaincre que je devais aller au charbon, que j’avais des droits et que d’autres avaient le devoir de les faire appliquer.
En invalidité aujourd’hui, j’ai des indemnités prévoyance qui ne sont pas réglées.
Licenciée début juillet, j’attends toujours mon solde de tout comptes et les documents associés.
Assurée pour mon prêt immobilier, la reconnaissance de mon invalidité vient d’être refusée.

Au-delà d’un profond sentiment d’injustice, de cette sensation de n’être qu’un numéro de dossier, de ne pas être reconnue pour ses problèmes de santé, de la fragilité psychologique et financière dans laquelle tout cela me met, j’ai pris conscience que je n’étais malheureusement pas un cas particulier et cela m’a profondément bouleversée.

Pourtant, j’ai eu envie de tout lâcher, de concentrer mon énergie déglinguée uniquement sur ma santé, d’abandonner mes droits au service d’un repos plus que conseillé.
Mais je ne le peux pas, pour moi, pour ma famille et pour toutes les femmes qui, comme moi, se trouvent dans ces difficultés.
Il semblerait que nous vivions à peu près toutes ces mêmes situations.
Il semblerait qu’avoir un cancer ne nous rende pas prioritaire.
Il semblerait qu’être malade, en traitements, ne soit pas suffisant pour ces gens.
Il semblerait, que ce soit à nous de gérer, de nous débrouiller pour faire pousser du blé.

Je suis très en colère, fâchée, et je n’arrive pas à m’apaiser.
Je me connais malheureusement : tant que je n’aurai pas obtenu ce que l’on me doit, je ne dormirai pas vraiment. Et ce n’est pas seulement une question d’argent même si c’est important.
J’ai besoin de tourner la page de mon ancienne vie, d’avoir l’opportunité d’en ouvrir une nouvelle, d’en finir avec la croisade et de commencer un nouveau voyage un peu plus sage.

Mais aujourd’hui, je suis coincée dans ce gros noeud de paperasse, bloquée dans une impasse.
J’aurais voulu pouvoir mettre ma maladie de côté pour n’avoir que ces vilains papiers à gérer, mais je dois continuer à prendre mon traitement, supporter mes douleurs, faire du sport, essayer de m’alimenter, et ce n’est pas toujours aisé.

Je suis épuisée mais motivée à ne rien lâcher.
Tant pis pour les petites nuits, j’ai besoin d’avancer.
Et puis, malgré tout, je peux me reconnaître une qualité, c’est que j’ai un moral d’acier qui me permet de surmonter les journées moins ensoleillées, je vais finir par y arriver.

En attendant la fin de ces combats pas sympas, c’est l’été même si les nuages sont là.
Et l’été, on part en vacances, on voit ses amis, on boit du pouilly et on on rit…
C’est parti pour deux belles semaines de congés, je compte bien en profiter pour me ressourcer.

Et puis l’avantage avec des dossiers, c’est qu’on peut les ranger et les faire patienter si j’ai bien compris ce que l’on m’a dit.

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