La petite flamme

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Veuillez patienter, votre correspondant va répondre à votre appel… Veuillez patienter, votre correspondant va répondre à votre appel… le temps d’attente est estimé à… l’inestimable, bip, bip, bip.

Voilà à peu près mon état lorsque les enfants et moi partons en vacances chez ma maman dans notre belle île, dans une maison juste magnifique et une Mamou prête à tous pour nous rendre heureux.

Je pars en vacances, et je dois recevoir un appel pour me dire comment on envisage de me soigner. Toute l’énergie que je sentais depuis le diagnostic a disparu complètement. Mon corps et mon coeur sont vides, je fais semblant de sourire, d’écouter, de bouger, de vivre quoi.

Les idées les plus sombres m’imprègnent tel un horrible poison. Habituellement, j’ai un pouvoir magique qui assure : ma petite flamme. Vous voyez les vieux chauffe-eau au dessus des éviers? Dans le petit trou, on voit toujours une petite flamme. Elle est plus ou moins grande, plus ou moins bleu ou jaune, mais elle est toujours allumée et elle s’adapte au besoin de chaleur. Mais mon chauffe-eau vient de s’éteindre, et je suis terrorisée.
Il est où le plombier qui va me réparer?

Mon amie Caroline m’a offert un carnet parce que je lui avais dit que j’envisageais d’écrire pour libérer mes pensées. Bon là, je crois que c’est le moment.

Ma Caro, il est 10h, je suis dans mon lit, après une mauvaise nuit pleine d’idées sombres, 2 cafés et une clope (oui, je vais arrêter). C’est les vacances pourtant, mais elles ne sont vraiment pas comme les autres. J’attends, je réfléchis, je pense, j’imagine, je construis, je déconstruis, j’angoisse. 
J’ai passé et surmonté toutes les épreuves en 2011, et haut la main d’ailleurs. Mais cette fois-ci, je doute. C’est vrai quoi, je suis plus vieille, plus fatiguée, et surtout, moins naïve, c’est quand même une récidive.

Je sais, et j’en suis reconnaissante chaque jour, que je suis entourée comme personne, que j’ai des amis comme toi sur qui je peux compter, avec qui je peux souffrir, rire, pleurer, badiner en toute liberté.
Mais est-ce que ça suffit pour guérir?

Je sais aussi que mes enfants et mon mari ont besoin de moi et qu’ils comptent sur moi pour me battre et gagner.
Mais est-ce que ça suffit pour guérir?

Je sais que ma famille me dorlote et me gâte pour que la situation soit la plus douce et confortable possible. Ils font preuve de tant d’amour et de tendresse que j’ai honte d’être malade et de les faire souffrir. Ils comptent sur ma volonté de gagner.
Mais est-ce que ça suffit pour guérir?

Je sais aussi que j’ai des collègues en or, qui n’imaginent rien d’autre que ma guérison. En attendant, ils bossent pour moi, pour que je puisse me concentrer. En retour, ils comptent bien que je revienne en pleine forme.
Mais est-ce que ça suffit pour guérir?

Malgré tout, aujourd’hui ce doute a violemment soufflé sur ma petite flamme. Je suis en panne, je suis éteinte. Je prie la totalité des dieux pour que cela soit réparable, et qu’en fait l’appel de ma radiothérapeute soit mon S.A.V, que cette petite flamme va se relancer. Même si elle est toute petite et pas très chaude, je m’en fous, je la veux, elle me manque.

J’ai hâte que mon mari nous rejoigne, il n’est pas plombier ni chauffagiste, mais lui, il sait y faire avec moi.

Allez, allez, en attendant, on continue un peu de faire semblant. Et puis, il y a des gaufres, des glaces, la mer et surtout mes enfants.

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