L’échappée

img_1347C’est parti pour la grande boucle, j’ai gagné le maillot jaune au contre la montre, la tumeur a quitté la route.

Il me reste maintenant  deux cols à grimper et une plaine à traverser :

  • Le premier col est court et très intense :  quatre à six mois de chimiothérapie agressive.
  • Le second col a un peu moins de dénivelées mais la distance plus importante : un an d’Herceptine.
  • Pour finir, je dois traverser une plaine dont l’objectif est de tenir dans la durée : cinq ans d’hormonothérapie.

Je ne m’attendais pas à ce parcours. Je ne me suis pas suffisamment entraînée. Je ne suis pas une sportive de haut niveau moi, juste une amatrice avec un bon physique.

Je ne m’attendais pas à ce niveau de difficultés. J’étais prête pour les économies de coiffeur et d’esthéticienne, pour les nausées et autres petits bobos de bidons mais pas assez pour ce vieillissement prématuré.

J’aurai plus de 50 ans à l’issue de tout ça, je risque de finir sur la jante.

En découvrant le parcours et ses étapes, je ressens de la colère et de la tristesse. Ces deux sentiments me traversent le corps et le cœur chacun leur tour et sans répit, cela m’épuise. Ils agissent comme le Yin et le Yang, ils s’imbriquent parfaitement. Ils forment une sorte d’équilibre, mais je ne suis pas dupe, ça n’est pas bon pour moi.

Lorsque  je suis en colère, mon rythme cardiaque me joue des tours, mon visage rougit, mon corps transpire. J’en veux à la planète entière, j’ai du dégoût, je hais ce qui m’attend, ce que je vais devoir endurer et aussi ce que je vais perdre. On ne sort pas intact de cette épreuve, je le sais pour l’avoir déjà vécu. Cette colère est égoïste, elle est centrée sur ma personne, mon corps, mon avenir.

Elle doit sortir, elle n’est pas bonne pour moi. Elle ne m’apporte aucune énergie positive, mais elle est là. Elle ne m’aide pas à gravir les cols malgré l’énergie qu’elle semble dégager. Elle ne me trompe pas, elle me fatigue trop, elle n’est pas moi, je ne suis pas comme ça.

Il faut que je lui cause à celle-là, que je l’autorise à s’exprimer car c’est le moment. Faut pas rêver ma poulette, dans quelques jours je te fais ta fête, et tu resteras sur le bas-côté à manger la luzerne.

Lorsque je suis triste, mon cœur ralentit à la limite de ne plus pouvoir sentir mon pouls, mon visage pâlit, mon corps se refroidit. Je pense si fort à mes enfants, mon mari, mes amis et mes collègues. Je ressens pleinement la peine que je leur procure, les larmes qui coulent, les angoisses qui montent et surtout leur sentiment d’impuissance face à ces épreuves que je dois surmonter.

C’est si dur d’être à côté et de ne pas savoir quoi dire, quoi faire, d’avoir peur de se tromper, de trop applaudir ou pas assez. Cette tristesse est pour les gens que j’aime, toutes ces belles personnes qui ne demandent rien et qui sont là, autour de moi pour m’encourager, me soulever, m’approvisionner.

Mais elle a du bon, elle m’apaise, calme mon cœur, et me permet d’apprécier à sa juste valeur tout l’amour qui m’entoure si joliment.

Cette tristesse a du pouvoir sur la colère, elle lui dit de fermer sa petite gueule, parce que oui, elle est petite et elle est toute seule.

Pour l’affronter, la terrasser et enfin les gravir ces étapes à venir, il y a une coureuse comme t’as jamais vu mon pote, des entraîneurs en béton armé, des soigneurs de compétition, et un fan club à faire rougir n’importe quelle star de cinéma, alors, on y va…

3 commentaires

  1. Courage ma Valounette, faut conserver ce putain de maillot jaune, même s’il va deteindre un peu ou s’il va de temps en temps virer jaune pâle ou jaune citron mais faut qu’il reste jaune ! Nous, on est comme des cons à te voir pédaler, crapahuter, galérer contre cette merde. On est pas grand chose dans ton épreuve, on a pas la baguette magique mais on croit tous que tu va vaincre, aller jusqu’en haut de la montagne pour la redescendre sereinement et nous donner une très belle leçon de vie. Bisous !!

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  2. Belle Valou,

     » la vie, C’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre ».

    Alors cette course contre la montre avec ton maillot jaune, tu vas l’affronter : gravir les cols, les redescendre, les remonter et toujours tu garderas ton équilibre car tu es soutenue par tous tes proches, tes enfants et Mathieu; tu souffleras pour mieux repartir et remonter.

    Ton mental de guerrière est ta ressource, ta force et ton moteur même si par moments, la fatigue sera présente….

    Comme dit Bouddha  » Accepte ce qui est, laisse aller ce qui était et aie confiance en ce qui sera »

    Tu es une magnifique personne et ceux qui te côtoient le savent.

    Douces pensées et plein de courage

    Aimé par 1 personne

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