L’Onco-Touriste

img_1841Les vacances est un mot qui me donne des ailes, qui me lance dans les rêves les plus fous, les plus doux et même les plus relous. Il me met en mouvement des semaines à l’avance, m’empêche même parfois de trouver le sommeil tellement j’y pense, tellement j’en rêve.

J’éprouve le plaisir de m’y voir, de m’y croire.

Cet été, nous devions partir vers la Croatie en nous arrêtant à Venise, Turin et bien d’autres étapes magiques minutieusement sélectionnées par nos deux ados. Ils s’étaient chargés de tout étudier afin de monter ce périple merveilleux et ambitieux. Ils étaient fiers d’eux et impatients de le concrétiser.

Mais voilà qu’à cause d’un fichu crabe à déloger, je me trouve malgré moi à saboter ce beau voyage construit de toute pièce par mes enfants.

J’ai le sentiment d’arriver dans leur dos pour mettre un grand coup de pieds dans le magnifique château de sable qu’ils se sont acharnés à fabriquer malgré la marée annoncée.

Le cancer balaye tout sur son passage.

C’est officiel et non négociable, je n’ai pas le droit de voyager en dehors de la France. Je peux partir en vacances, mais pas question de m’évader vers un autre pays, ma chimio hebdo me l’interdit.

Ils sont incroyables mes enfants, ils ne sont pas déçus, ils rebondissent et me sourient : « On va faire quoi alors maman? On va chez Mamou dans l’île de Ré manger du caramel au beurre salé ou bien tu as une autre idée? La France, c’est beau et grand, on a plein de possibilités pour nous échapper, nous balader. »

Et hop, nous voici habités par un nouveau projet, de jolies pensées, des envies de soleil, d’air salé, de plage, de calme, et d’apéros.

    • Mais avant de nous réjouir complètement, nous devons trouver un espace d’accueil pour ma chimio à proximité de notre de lieu de vacances. Et oui, nous allons faire l’expérience d’une nouvelle activité hyper tendance chez les chasseurs de crabe : l’onco-tourisme. Je ne sais pas si c’est dans le dico mais je vous assure que c’est le bon mot :

« Bonjour, auriez-vous la possibilité de m’accueillir dans votre centre de traitement pour une chimiothérapie?

  • Ah, vous êtes une onco-touriste?
  • Euh, bah, disons que je suis une vacancière un peu particulière puisque j’ai un cancer… donc oui, ça doit être moi la fameuse onco-bidule-truc.
  • Désolés ma petite dame mais nous sommes complets.
  • Auriez-vous une autre adresse à me conseiller?
  • Ah mais ça va être compliqué madame en pleine saison, il aurait fallu s’y prendre plus tôt.

Mais oui, quelle idiote, pourquoi je n’ai pas pensé à mettre une option dès janvier? Peut-être parce que je ne savais pas encore que ma vie serait chamboulée.

Et merde alors, ce n’est pas ce vilain crustacé qui va nous empêcher de partir nous ressourcer. Il fait assez de dégâts comme ça en moi, il ne va pas s’attaquer à nos projets cet enfoiré!

Malgré les embûches et difficultés, on finit par y arriver, tout est validé : je ferai une petite virée chez les Nantais avec ma copine Carotte. Nous n’irons pas en gondole à Venise, mais je suis ravie de penser à cette journée en compagnie de ma douce amie. Et maintenant que ce point de détail est réglé, nous pouvons organiser notre petit voyage en conséquence.

C’est avec plaisir et légèreté que nous nous décidons pour un périple vers l’ouest (chimio à Nantes, donc un peu facile comme choix):

  • une semaine à l’île de Ré chez Mamou avec les cousins va nous faire du bien,
  • quelques jours à Pont-Mahé avec les copains à refaire le monde autour d’un verre de vin,
  • un week-end tous les quatre dans un bel hôtel en Bretagne pour flâner, bouquiner et bisouiller mon amie d’enfance, ma chouineuse de crêpière préférée.

J’appréhende cette expédition, j’ai peur d’être trop mal et de ne pas pouvoir en profiter, d’empêcher mes amours de s’éclater, de semer mes cheveux comme le petit poucet.

mais j’ai tellement envie de ce pèlerinage, qui s’annonce plein de douceur et d’attentions, de plaisir et de rires avec ma famille et mes amis.

Je rêve d’enfiler mon maillot de bain pour me faire dorer la pilule, même si c’est à l’ombre que je dois le faire, tant pis, je fermerai les yeux pour rêver des rayons lumineux.

Je m’imagine déjà me reposer sous la couette, me prélasser sur une terrasse, écarter mes orteils sur un bain de soleil.

Je trépigne d’impatience de câliner un petit bébé très spécial pour moi. Il a 11 mois déjà, il est le fruit d’une histoire d’amour et d’un combat sans merci depuis 7 ans.

Ce bébé est un vrai miracle conçu par une autre jolie guerrière qui me laisse croire que tout est possible dans la vie lorsque l’amour et la persévérance s’enlacent pour ne faire qu’un.

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