Mme Tamalou Gébobola

img_1929Je viens de traverser ma cinquième séance de chimiothérapie et je suis à terre aujourd’hui. C’est un jour « sans ». J’ai beau essayer, rien ne vient, ni désir, ni plaisir, ni sourire, j’ai l’impression de souffrir, souffrir et encore souffrir.

T’as mal où? Ben j’ai bobo là, et aussi là, j’ai mal partout quoi. Je ne suis que douleur.

Me voici, me voilà, je me présente : Madame Tamalou Gébobola.

Mes muscles me font si mal que je ne sais pas s’ils sont capables de réagir à l’appel de marcher.

Mon crâne hurle si fort que je crains qu’il ne fasse fuir me cheveux par peur du bruit qui vient de l’intérieur.

Mon cœur pleure tant de tristesse qu’il risque d’éteindre ma petite flamme, celle qui maintient en vie le petit bout de femme que je suis.

Mon ventre me crie qu’il n’a envie de rien, qu’il est trop plein, il n’a même pas faim d’un grain de raisin. Il grogne le vilain.

Mes cicatrices sont un supplice, elles me tiraillent pour m’exprimer leur colère d’être là sur moi et en moi. Mais pourquoi elles me font ça?

Mon sein qui n’est plus mien me dévore de l’intérieur. Il me pèse tant en ces moments de faiblesse, il me fait peur.

Même mes doigts ont décidé de se rebeller, de fourmiller, c’est nouveau ça. Comment je fais moi, s’ils ne veulent plus de moi? Comment j’écris pour me libérer, s’ils ne veulent plus tapoter sur mon clavier? Vais-je devoir dicter?

Mais j’ai mal où déjà? Si j’ai mal partout, comment je fais moi pour tenir debout? Je ne suis que douleur.

Me voici, me voilà, je me présente : Madame Tamalou Gébobola.

Mais je ne suis pas que ça, je sais au fond de moi que c’est un mauvais moment à passer, que aujourd’hui n’est pas demain.

Je ne suis pas uniquement Madame Tamalou, mais aussi et surtout Dame Valoo.

Je sais que ces souffrances ne sont qu’une phase qui me rapproche de la délivrance.

Ma petite flamme est plus forte que toutes ces douleurs, elle les regarde avec un air moqueur, elle n’a même pas peur, elle est meilleure.

Elle m’aide à me relever, à me secouer, à mettre mes orteils en éveil. Je pars marcher avec mon enfant, j’y vais lentement puis un peu plus rapidement. Je ne fais pas le marathon, mais je m’en fou, j’ai l’impression de gagner la course du « nichon ».

Ce n’est qu’une petite journée pourrie que je dois vite oublier.

Demain sera meilleur, je le sens. J’ai le sourire, je respire et je me dis qu’il y a bien pire.

Je pense à toutes ces femmes qui sont comme moi et qui n’ont pas toutes la chance de gagner face à ces souffrances.

Je les admire tant, je me dois d’être à la hauteur, de ne pas avoir peur, de regarder droit devant.

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