Pas si rose

Octobre est pour moi, depuis maintenant sept ans, un cap à passer qui n’est pas uniquement joyeux, même s’il le demeure un peu. Et cette année, je ne sais quoi penser, moi qui suis pleinement concernée, encore une fois. Heureuse ou pas?

  • Tous ces événements et ce rose partout, ces rubans, ces parapluies,
  • Tous ces témoignages douloureux de femmes (et quelques hommes) qui font face si courageusement à cette maladie au nom pas plaisant,
  • Tous ces messages de prévention  : faites attention les meufs, il est tant de se palper les nichons pour pas un rond,
  • Toutes ces statistiques qui nous font penser que demain sera meilleur, que des traitements miracles sont sur le point d’être commercialisés.

Mais là, aujourd’hui, maintenant, le 5 octobre 2018, en pleine récidive, fatiguée et affaiblie par un parcours si rude… Il se passe quoi exactement pour moi?

J’arrête la chimio et j’attends le vaccin miracle du Docteur Prix Nobel? Elle fait tellement envie cette petite piqûre qui viendrait tuer toutes les méchantes cellules sans faire de mal au reste.

Je m’inscris à tous les ateliers bien-être du coin parce que je ne vais pas bien? Mais je n’en ai pas envie, j’ai déjà du mal à sortir de mon lit. Je dois me secouer, c’est ça? Ben OK les gars, je vous file mon petit bobo  vingt-quatre heures le temps d’aller en profiter si ça ne vous ennuie pas.

Je réponds quoi à la boulangère que me dit, dans sa boutique trop décorée de bidules roses bonbon, que le cancer du sein est aussi fréquent qu’une grippe maintenant? « Et oui madame, c’est vrai, on n’en meurt pas forcément. A ce propos, vous vous êtes fait palper les miches ce mois-ci? Parce que vous savez, c’est gratuit ».

Je l’écoute l’émission sur l’après-cancer? Parce que si c’est pour me flinguer le moral, je crois que je vais m’abstenir et continuer à dormir. Est-ce que je sais comment ce sera après? oui, suffisamment. Ce sera différent, difficile probablement mais je n’ai pas envie d’y penser en plein traitement.

Une petite forme d’énervement s’accroche à moi comme un malabar : rose le malabar évidemment.

  • Pourquoi juste un mois? c’est pas suffisant!
  • Pourquoi tout un mois? c’est que ça doit être super important!

Je navigue entre la fierté et l’admiration de tous ces êtres qui se donnent à fond pour que nos vies soient maintenues et la colère de la dédramatisation que je peux constater presque chaque jour.

Je me balade entre le sentiment d’être à l’honneur l’espace d’un mois et celui d’être exhibée pour égayer la grisaille d’octobre.

Depuis sept ans, j’ai mis en place certaines stratégies pour m’empêcher de voir gris, de regarder du bon côté, de positiver et de porter la couleur avec fierté. Même cette année, je ne peux m’en empêcher, j’ai un moral d’acier.

Mais j’ai besoin de simplicité, de discrétion, de douceur, d’un rose plus poudré.

J’ai envie de participer à octobre rose à la hauteur de mon énergie, de donner à mes amies les plus fortes du monde un peu de ma tendresse, les chouchouter l’espace d’une journée dans un environnement tout doux et discret. J’ai ma petite idée, je sens que je vais y arriver.

J’ai besoin aussi de dire à qui veut bien me lire que le cancer du sein, ça n’est par rien. Chaque femme qui doit lutter pour vivre, maintenir sa féminité, continuer sa vie de famille, conserver son job, payer ses factures, doit faire des efforts inimaginables chaque jour qui passe.

Alors, si vous avez la possibilité de soulager, faire rire, aimer, une de ces femmes parce qu’elle est votre amie, votre collègue ou juste une connaissance, c’est le moment pour vous de ne pas vous dégonfler, d’y aller, de faire preuve de générosité, ces jolies femmes l’ont mérité. N’ayez pas peur d’une maladresse, elles sont touchantes et vivantes, faites-vous confiance.

Et on n’oublie pas de se (faire) palper les nichons, miches, nénés, obus avant que Novembre ne débarque et que vous deviez laisser vous laisser pousser la moustache en l’honneur des hommes cette fois.

8 commentaires

  1. Merci pour vos mots qui me touchent et font beaucoup de bien !!!
    « Seulement »5 ans d’hormonothérapie (Apparemment j’ai beaucoup de chance , je devrais sauter de joie … et en plus c’est un des cancers qui se soignent le mieux 😠) car mon coeur « fatigué » ne supporterait pas les autres traitements …. l’après me fait peur.
    Plein de pensées positives vers vous 💖

    Aimé par 1 personne

  2. Tellement vrai… toutes ces personnes qui luttent courageusement contre une récidive, pendant que d’autres courent on ne sait plus après quoi ou pourquoi en ce mois d’octobre.

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  3. Chère Valoocroft,
    Octobre est mon mois anniversaire et je l’aime bien, mais je ne le veux pas rose, je le veux de toutes les couleurs, comme les autres mois. Parce que lorsque le petit « morveux » s’installe, ce n’est pas que pour ces 31 jours, il s’accroche et nous devons batailler pendant plusieurs mois pour le déloger, avec tous les inconvénients que cela représente, moral en berne, douleurs, fatigues, etc. tu connais. Mais surtout ne rien montrer pour protéger les autres, ne pas les effrayer.
    Oui « le cancer du sein est facile à soigner maintenant », combien de fois j’ai entendu ça, et j’avoue, que moi même c’était le phrase bateau que je répondais lorsque l’on m’annonçait être l’hôte du « morveux », jusqu’au jour où « dring dring, bonjour, je suis le petit « morveux » et je suis ton nouveau colocataire » !!! Je pense que c’était une façon de me mentir à moi même, et pensais intérieurement, si ça m’arrive, même pas peur. Hélas, je l’ai connu cette peur, brève, certes, mais je l’ai connu, et j’ai décidé la mise à mort du « morveux ». Aujourd’hui je connais les effets secondaires de l’hormonothérapie, mais je doit m’y faire, et puis comparer à ce que tu encaisses, je n’ai pas le droit de me plaindre. Oui tu as raison, on ne rentre pas, et on ne sort pas comme ça d’un cancer du sein, et oui nous faisons parti, quelque part d’une même famille, je me sens différente, et en même temps bizarrement plus proche de celles qui ont connu cette épreuve. Une chose m’a aidé, c’est de parler de cancer, de prononcer le mot CANCER, et non « ma maladie », je pense qu’il faut le prononcer ce mot, c’est un mot qui fait peur, je l’ai constaté quand j’annonçais ma bonne nouvelle « j’ai un cancer », et j’ai vu neuf fois sur dix, de la frayeur dans les yeux de mes interlocuteurs, j’avais l’impression de lire dans leur regard « la pauvre, elle va mourir » et j’avoue, que quelque part je kiffais, parce que moi je savais que j’allais gagner le combat, comme toi tu vas le gagner haut la main. Tu es une femme, donc forcement une combattante, avec ses petites faiblesses, mais tu as le droit de baisser les bras de temps en temps, mais seulement de temps en temps, ok ?
    Aller j’espère t’avoir un peu distrait, ce sera ma contribution à moi dans ton processus de guérison, de toute façon on se relit bientôt j’espère. Tendrement.

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  4. Comme c est beau ce que vous dite
    Cinq ans ce 5 octobre que je découvrais ce crabe . Et maintenant après tout les traitements je vais bien
    La résidive bien sur que j y pense….mais pas trop souvent
    Bon courage à toutes

    Aimé par 1 personne

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