Doux m’en-songes

C’est la dernière ligne droite, je peux enfin compter les jours pour atteindre cette arrivée tant attendue. Lundi 29 octobre, je regarderai, admirative et épuisée, les 16 dernières semaines que je viens de traverser. Elles seront derrière moi, elles feront partie de mon passé et j’en suis émerveillée.

Je me sens forte alors que je suis si faible.

  • Monter les escaliers est un exercice de mémé.
  • Ne pas dormir des nuits entières est un véritable calvaire. Les bouffées de chaleur me mettent en sueur.
  • Marcher au rythme de mon fils est un supplice.
  • Manger un vrai repas génère bien trop de dégâts.
  • Boire un petit verre de blanc est devenu un fantasme maintenant.

Je me sens belle alors que je suis si laide.

  • Mes sourcils refusent que je les épile. Ils préfèrent tomber par terre au moindre courant d’air.
  • Mes cheveux s’amusent à remplir la douche et me tomber dans la bouche.
  • Mes seins asymétriques me donnent un air de bossu de notre dame et pas l’allure d’une belle femme.
  • Mes petits bourrelets finement incrustés me donnent la nausée.
  • Mon visage a la cirrhose. Le rouge et blanc, franchement c’est pas charmant.

Je me sens solide alors que je suis si fragile.

  • Je pleure de ne pas pouvoir faire les taches ménagères qui habituellement m’exaspèrent.
  • Je panique à l’idée de ne pas assurer mon rôle de maman parce que mon corps en a décidé autrement.
  • Je sanglote comme un bébé lorsque que je pense à tous les projets que je ne vais pas réaliser.
  • Je pleurniche lorsque je vois que mes yeux de biche ont un air de cocker ou de caniche.

Je me sens si vivante alors que je suis un peu morte.

  • Je n’ai plus qu’un sein et il me semble bien vilain.
  • Je n’ai plus l’énergie d’une femme pleine de vie. Je ne suis que la moitié de ce que j’ai toujours été.
  • Je me sens rapprochée de la fin en version accélérée.
  • Je suis une jeune mamie alors que je suis dans les plus belles années d’une vie.

Mais je suis prise malgré moi, contre moi, dans ce tourbillon de folie, je me sens forte, belle, solide et si vivante.

  • Est-ce le sentiment de la réussite à l’approche de l’arrivée?
  • Est-ce l’excitation de la réalisation de cette drôle de mission?
  • Est-ce un super pouvoir transmis aux malades comme moi pour leur faire accepter les difficultés d’une telle traversée?
  • Est-ce de la folie de me croire ainsi?
  • Je me mens probablement encore une fois.

Je ne sais pas exactement d’où viennent ces sentiments, mais ils sont bons pour moi en ce moment. Ils me préservent de ma réalité, ils m’aident à la surmonter et à me dépasser.

Je les remercie de prendre soin de moi, de ne pas me laisser sombrer, de me prouver que tout est une question de perception : si je vois beau et vivant, alors c’est que c’est beau et vivant.

Pourtant ce n’est pas moi qui ai fait ce choix, qui ai décidé de positiver ou je ne sais quoi. C’est là, juste là, comme ça.

3 commentaires

  1. Cela s appelle la vie cette volonté de vivre est plus forte que tout
    Merci pour tous ses textes ils sont beaux et si touchants
    Merci de partager votre expérience
    On aimerait que cela soit juste une histoire imaginée par l auteur vous aussi je pense !!!!!
    Je pense régulièrement à vous à votre volonté
    Vous êtes épatante

    Aimé par 1 personne

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